Prologue

Prologue
Le c½ur battant à tout rompre et mon cerveau ankylosé par la douleur, je tentai de m'extirper de l'habitacle avant que la claustrophobie ne me gagne – peine perdue, je l'avoue... Je n'avais plus qu'une seule main de valide, et c'est avec celle-ci que j'entrepris d'ouvrir la portière côté passager, là où je me trouvais. Évidemment, je ne pus que constater que l'opération était vouée à l'échec, étant donné que mes forces m'avaient lâchement abandonné à mon sort. Cette sensation d'étouffement que je ne connaissais que trop bien finit donc par me submerger contre mon gré, et je perdis conscience quant à tout ce qui m'entourait. J'avais l'impression de perdre petit à petit l'usage de mes sens, et je sombrai dans la panique lorsque j'eus l'impression que la carrosserie se rapprochait de moi et qu'elle allait m'écraser. Ma vision devint floue au fur et à mesure que les larmes encombraient mes yeux. Je perdis peu à peu le contrôle de moi-même, mon sentiment de panique se porta volontaire pour ce poste. Ignorant la douleur que ce geste – soit dit en passant totalement inutile – me provoqua, je tambourinai du poing la fenêtre collée à ma joue. Le verre était déjà brisé, du sang coulait entre les petites fissures que le choc avait provoquées. Je ne mis qu'une fraction de seconde à deviner qu'il m'appartenait. Je devais m'être cognée la tête car je sentis un liquide chaud se propager sur mon crâne et le long de ma joue. J'avais mal absolument partout, mais mes larmes et ma peur m'empêchèrent de trop y penser.
Voilà, j'allais mourir. En y repensant, je n'avais jamais vraiment réfléchi à la façon dont j'allais quitté ce monde. Au moins maintenant, j'avais la réponse. Décédée dans un accident de la route à tout juste seize ans. C'était triste, mais bon. De toute façon, qui allait pleurer ma mort ? À part ma famille, s'entend. J'habitait Tokyo, une mégalopole de près de treize millions d'habitants, et me fondre dans la masse avait été pour moi un défi qui relevait de l'impossible. Dans le domaine social, ma vie était un véritable désert. Je n'avais pas d'amis. Personne. J'avais toujours cru que j'étais anormal, une erreur de la nature sans doute. Et à présent elle venait la corriger. Pas de chance. Je gesticulai sur mon siège, la ceinture m'écrasant les poumons, et ma main valide en rencontra une autre. Elle était inanimée. D'abord intriguée, puis terrorisée, je tentai de produire un son avec ce qui n'avait même plus le mérite de s'appeler cordes vocales. Un seul mot m'échappa. Un seul cri :


— PAPA !

Mes sanglots me gênaient pour respirer, et je ne voyais pas beaucoup mieux que tout à l'heure. En plus d'avoir peur quant à mon sort, j'avais maintenant peur pour lui. Mon père – ou du moins son corps – gisait là, juste à côté de moi, inconscient. Et peut-être déjà mort. Non ! Impossible. Il ne devait pas mourir, pas à cause de moi. Mais comment faire ?
Je me tortillai dans tous les sens, et un nouveau cri de détresse que je m'apprêtais à laisser s'échapper resta coincer dans ma gorge.
Alors que je croyais avoir perdu l'usage de mon odorat, une forte odeur d'essence se propagea dans l'habitacle. J'en grimaçai, geste extrêmement douloureux. Soudain, je m'immobilisai. De l'essence ? Pour peu que le moteur eut été endommagé pendant l'accident, et nous aurions droit à un feu de camp. Je priai vivement pour qu'il ne prenne pas feu avant que nous ne soyons sortis d'affaire – si jamais il ne nous restait ne serait-ce qu'une infime chance de nous en sortir. C'est alors qu'une nouvelle odeur me parvint, puis de la fumée. Je suffoquai, puis mon c½ur se serra. Mon instinct de survie s'enfuit, tout comme mes forces l'avaient fait. Nous allions mourir. Et j'allais souffrir, alors que j'avais escompté une mort rapide, très rapide. Et indolore aussi, si possible.
J'entendis alors qu'on trafiquait la carrosserie. Je délirais. J'en eus la confirmation lorsque je vis le corps sans vie de mon père se faire tirer hors de l'habitacle. Mon envie de le sauver était si forte qu'à présent j'en avais des hallucinations. Je ne savais pas que la folie faisait partie du processus. Oui, c'était cela. J'étais en train de mourir. Mon Dieu ! La mort ne pouvait décemment être aussi inconfortable, c'était la moindre des choses. Et puis c'était beaucoup trop long.
Deux mains fermes agrippèrent mon poignet. Je sursautai, et des spasmes me secouèrent de la tête au pied. Ah, enfin ! Mon délire atteignait son comble, c'était la fin. Plusieurs paires de mains aussi fermes que les autres me hissèrent à l'extérieur, mais je m'en fichais. De toute façon, ce n'était pas vrai. Je serais bientôt morte. Aller, encore un petit effort... Non. La mort n'arrivait toujours pas. Tous mes os me faisaient souffrir le martyr, l'intense lumière du jour m'aveuglait, le brouhaha de folie qui s'était installé me donnait une atroce migraine, et la mort ne venait pas. Il lui fallait une invitation ou quoi !
Quelques secondes plus tard, on m'équipa d'un masque à oxygène, puis mes paupières devinrent lourdes, mon cerveau était aux abonnés absents, et les battements de mon c½ur ralentirent brutalement. Je perçus plusieurs voix qui s'adressaient visiblement à moi, mais je ne les écoutais pas. Je n'aurais jamais pensé que les hallucinations puissent sembler aussi réelles.
Mais qu'importe. La mort me tendait la main, et je la saisissais en souriant.




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# Posté le mercredi 18 juin 2008 08:22
Modifié le jeudi 25 juin 2009 10:34

Chapitre 1._[The Dandy Warhols - Wэ Usэ∂ тσ вэ Fяίэи∂s]_

Chapitre 1._[The Dandy Warhols - Wэ Usэ∂ тσ вэ Fяίэи∂s]_
La mort était si apaisante. Aucune image, aucun son, rien qui ne puisse plus me perturber. Je reposais en paix, enfin. Bip ! Bip ! Bip ! Ce son strident se répétait à intervalle régulier de quelques secondes. La mort se sentait-elle d'humeur à plaisanter ? Oui, apparemment.
Agacée par ce bruit, mes yeux papillonnèrent, mais je ne pus me résoudre à les ouvrir complètement, éblouie par un faisceau d'une intense luminosité braqué sur moi. La mort avait un humour très... spécial. Je voulus me protéger le visage avec les mains, mais rien que le fait de bouger le petit doigt provoqua des spasmes de douleur dans tout mon corps. Je compris alors que ce n'était pas une plaisanterie. Le mort n'était jamais venue me chercher. Je me surpris à éprouver de la colère à son encontre. J'entendis un grincement sourd, puis quelques jurons – ce qui eut le mérite de me faire sourire dans mon fort intérieur – et je me risquai à retenter l'expérience. Je réussis à légèrement entrouvrir les yeux sans que cela ne m'aveugle. Néanmoins, je distinguai vaguement une silhouette postée à mon côté, mais ne perçus clairement qu'un léger scintillement en émanant. De plus en plus brillant, je le vis se rapprocher de mon visage, et sentis le doux revers d'une main – visiblement féminine – me caresser la joue.


— Bonjour ma chérie, me murmura-t-on.

La voix me parvint indistincte, mais j'eus tout de même la confirmation que c'était celle d'une femme. Mon cerveau entreprit de l'analyser – tiens, il fonctionnait encore celui-là ? – et un sentiment de bien-être m'envahit lorsque je la reconnus. Mes yeux s'ouvrirent brutalement, peut-être un peu trop d'ailleurs. Par réflexe, et également par miracle, mon bras se souleva et vint se poser sur mes paupières. Quelques instants plus tard, je sentis le contrecoup m'engourdir les membres et la douleur m'arracha un faible « Aie ! », qui d'ailleurs ressemblait plus à un couinement de souris qu'autre chose.
Mon bras repris sa place de force, et la voix s'enquit de me servir un sermon, comme si je n'étais qu'une gamine. Je souris.


— Bonjour, maman.

Ma voix était caverneuse, je me fis peur. Je n'osai même pas imaginer la tête que je devais avoir. Sans la regarder, je savais qu'elle s'était mise à pleurer, et que de ce fait, elle ne pouvait parler. Disons que... ma mère est très émotive. Je l'examinai de la tête au pied du coin de l'½il. Elle était décoiffée, mal habillée, et elle n'était pas maquillée. Chez elle, c'est un signe qui ne trompe pas. Quelque chose n'allait pas, mais je n'osais pas lui demander pourquoi. C'est alors que la réponse s'imposa en moi – inutile de préciser qu'elle était vraiment flagrante. En regardant autour de moi, je m'aperçus que nous étions dans une chambre d'hôpital.

— Euh... dis-moi, pourquoi suis-je clouée sur un lit d'hôpital ?

Ma question parut la désarçonner. Apparemment, mes propos étaient déplacés. Elle me dévisagea d'un air incrédule, ce qui m'agaça très rapidement. Ne pouvait-elle pas simplement me répondre au lieu de rester plantée là, bouche-bée ?
Craignant l'arrêt cardiaque, je changeai de sujet.


— Tu fais peur à voir comme ça, lui fis-je remarquer.
— Parle pour toi, enchaîna-t-elle en m'adressant ce qu'elle devait assimiler à un sourire. Je suis restée ici en attendant que tu te réveilles.
— J'ai dormi ? m'enquis-je, surprise.
— Pendant trois jours.

Trois jours. J'avais l'impression qu'on venait de me gifler. J'étais tombée dans le coma, certainement. Mais un détail me préoccupa : que s'était-il passé ? Je ne le savais pas. Je devais être victime d'une amnésie partielle. Honnêtement, je n'avais pas très envie de savoir ce qui m'était arrivé. L'idée de le lui demander ne m'effleura même pas l'esprit, ses nerres étaient déjà mis à rude épreuve. Sans que je puisse l'en empêcher, un bâillement m'échappa. Contre toute attente, ma mère fut à quelques centimètres de mon visage en une fraction de seconde.

— Tu es fatiguée, je vais te laisser dormir tranquillement.
— Non, ce n'est pas vrai, braillai-je en étouffant un bâillement.
— Mais oui, bien sûr chérie, se moqua-t-elle.

Elle me gratifia d'un large sourire qui illumina ses traits, puis elle appela une infirmière. Elle voulait m'endormir par la force.

— Maman écoute, j'ai dormi pendant trois jours. Je pense que j'ai largement explosé mon quotas de sommeil, grommelai-je.

Elle partit d'un rire tonitruant puis m'embrassa sur le front.

— Dors, Sakura.

Je la fusillai du regard, puis elle sortit de la pièce tandis que l'infirmière entrait.
Sakura. Voici donc le nom sous lequel je suis condamnée à passer mon existence. Condamnée parce qu'en bon japonais sakura signifie fleur de cerisier. Lorsque l'on a quatre ans, c'est très mignon, mais arrivé à seize, cela devient gênant. Très gênant. Mes parents ont eu la bonne idée de m'appeler ainsi car mes abrutis de cheveux ont naturellement une teinte rose. Rose bonbon même, encore mieux. Bizarrerie dont je suis la seule de la famille à avoir hérité. À mettre sur le compte de ma chance légendaire...
Les antalgiques faisaient déjà effet, et mes yeux se fermaient d'eux-mêmes. Je m'apprêtait à laisser s'évader mon esprit où bon lui semblait, lorsque soudain, je me figeai.

La voiture venait de quitter la chaussée et avait amorcé sa descente en tonneau jusque dans un profond ravin, à une vingtaine de mètres plus loin. J'étais coincée sur mon siège, côté passager, la ceinture de sécurité me coupant la respiration. Et j'avais l'impression d'avoir déjà vécu cette scène.
Tout m'était familier : la fenêtre brisée contre ma joue, mon corps tout entier qui me faisait souffrir, la fatigue qui m'engourdissait les membres... Sauf que j'étais seule. J'avais peur. Je fermai les yeux, et j'inspirai. J'aurais espéré que cela m'aiderait à m'apaiser. En vain. Je sentis alors une main froide s'enlacer autour de la mienne. En revanche, cela ne m'était pas familier. Mes paupières se soulevèrent subitement. Mon père me regardait et me souriait tendrement. Mes larmes me prirent au dépourvu mais je ne les retins pas.


— Papa ?... Papa, j'ai peur...
— Chut, ne crains rien. Je suis là ma chérie, me susurra-t-il tout en déposant ses lèvres sur ma joue.

Je détournai le regard, et mon visage pivota d'un quart de tour.

— Nous allons mourir, n'est-ce pas ?

Ma voix tremblait, et même si je ne le regardais pas, je savais qu'il me souriait encore. Il me berçait de cette voix que je connaissais si bien, celle qu'il avait l'habitude de prendre lorsque j'étais petite.

— Tout va bien, calme-toi.

Je me raidis, et fit pivoter une nouvelle fois mon visage dans le sens inverse. Son sourire était toujours là, et il me regardait avec toujours autant de tendresse.

— Bien ? Comment peux-tu qualifier cette situation de bien ? me surpris-je à hurler. Nous sommes coincés dans cette voiture, il n'y a probablement personne qui ne viendra à notre secours, et tu trouves que tout va bien !? Mais bon sang, ouvre les yeux, nous allons mourir !

Je ne pus m'empêcher de fondre en larmes tant j'étais énervée. Son visage devint livide, et son sourire perdit son éclat. Il planta ses pupilles dans les miennes, puis ses doigts tracèrent des petits cercles sur le revers de ma main.

— Je t'aime Sakura. Je t'aime et je t'aimerais toujours. Quoiqu'il arrive, je serais là, déclara-t-il.
— Moi aussi je t'aime mais..., balbutiai-je.

Je n'aimais pas du tout la tournure que prenait les choses. Son ton devenait trop solennel à mon goût, et le sous-entendu de ses paroles ressemblait beaucoup trop à un adieu.

— Tu vois que tout ne va pas si bien, ironisai-je.
— Chut, tais-toi maintenant, répliqua-t-il après m'avoir pouffé au nez.
— Quoi ?

De la lumière filtra à travers la fenêtre de mon côté, j'en fus éblouie. J'interrogeai mon père du regard, et il se contenta de me sourire. J'avais l'impression d'être aspirée vers l'extérieur, et soudain, tout devint clair.

— Non... NON ! PAPA ! hurlai-je, désespérée.

Mes sanglots me nouèrent la gorge, et je ne fus bientôt plus en mesure de m'exprimer. Je tendis mes mains vers lui, mais il n'en fit rien. Il murmura un dernier « je t'aime » entre ses lèvres, puis ses paupières se refermèrent, et son c½ur s'immobilisa.

— PAPA !

Je mis plusieurs minutes à réaliser que j'avais flanqué un coup de poing à mon pauvre réveil, encore une fois. D'un revers de main, je m'épongeai le visage, lequel était couvert de sueur. Je tremblai, ce qui compliquait la tâche. Je regardai l'heure. Cinq heures et demi du matin. Génial. J'hésitai à me rendormir. Mon cauchemar m'en dissuada. Je ne tenais pas non plus à me lever, mais bon. J'envoyai valser mes draps et sautai sur mes pieds. Je me laissai traîner jusque dans ma salle de bain et m'aspergeai d'eau le visage. Je me regardai dans le miroir puis soupirai. Ma peau était blême, translucide. J'avais l'allure d'un cadavre. Mes yeux étaient ternes, sans émotions. Même pas un cadavre, un fantôme. Et l'explosion capillaire qui me servait de coupe de cheveux ne ressemblait à rien. Bien, au moins me préparer prendrait du temps. Je m'y collai dès maintenant, il fallait que je m'active. Je me déshabillai et entrai dans la douche. Le contact de l'eau chaude sur ma peau me fit du bien, et – je l'espérai – m'avait redonné quelques couleurs.
Lorsque j'en ressortis, je me séchai les cheveux puis m'habillai. Rien de tape à l'½il, mes cheveux s'en chargeraient très bien.
Après me les êtres lissés, je descendis au rez-de-chaussée, en direction de la cuisine pour me préparer mon petit déjeuner. Ma mère était déjà, aux fourneaux. J'avais sûrement dû la réveiller. Elle m'adressa son grand sourire matinal et vint me serrer dans ses bras. Je remarquai que sur la table était disposée beaucoup trop de nourriture pour seulement deux personnes.


— Euh... maman ?
— Oui ?
— Ce n'est pas mon anniversaire aujourd'hui, fis-je. Alors qu'est-ce que...
— Exact, me coupa-t-elle. Mais tu auras besoin de forces aujourd'hui, ajouta-t-elle en s'agitant dans tous les sens.

Je la regardai se démener sans broncher. Lorsqu'elle s'aperçut que je l'observai d'un ½il interrogateur, elle soupira.

— Aujourd'hui c'est ton premier jour, tête en l'air, se moqua-t-elle.
— Oh, magnifique, grommelai-je.
— Alors, pas trop nerveuse ?
— J'ai le choix ? soupirai-je, lassée.

Je m'assis à la première place qui s'offrait à moi, et ma mère s'installa en face. Je mangeai en silence, et je l'écoutai déverser un flot de paroles auquel je ne prêtai pas vraiment attention. Je l'écoutais sans réellement l'écouter, en fait. Je me contentai d'acquiescer lorsqu'il le fallait. Quand nous eûmes terminé, je remontai en haut et préparai mon sac. À chaque fois que j'y glissais quelques chose, j'avais un pincement au c½ur. J'avais peur de mon premier jour dans un nouveau lycée. J'étais littéralement terrorisée. C'était totalement démesuré, j'en avais conscience, mais c'était ainsi.
Il me restait encore quelques minutes, et je tentai de faire disparaître mon angoisse avec un peu de musique. Peine perdue. Tant pis.
Je redescendis en bas, équipée de ma veste préférée – ça ne coûte rien de vouloir forcer un peu la chance – et de mon sac. Je passai devant la cuisine, et lorsque je tournai la poignet de la porte d'entrée, ma mère m'interpella.
Elle me tendait la clé du 4x4. Je la dévisageai, abasourdie.


— Te connaissant je suis certaine que la perspective d'une marche forcée de deux kilomètres ne t'enchantes pas, fit-elle en m'adressant un clin d'½il.

Sans lui répondre – trop ébahie pour cela – je m'emparai des clés ainsi que de mon permis fraîchement acquis. Je la remerciai, puis elle m'étreignit encore une fois. Il fallait vraiment qu'elle perde cette habitude-là.
Je sortis de la maison, déverrouilla la portière côté conducteur du Land Rover, et m'y engouffrai. J'inspirai profondément puis mis la clé dans le contact. Ma mère me salua encore une fois depuis le palier, et je fus bien contente que le véhicule soit équipé de vitres teintées. Une fois la première vitesse enclenchée, j'appuyai sur l'accélérateur, et me voilà partie.
Il est vrai que faire le trajet à pied aurait été un calvaire, mais ce n'était pas avec cet engin que je passerai inaperçue. Niveau discrétion, cela promettait. Trouver le bâtiment fut un jeu d'enfant, on ne voyait que lui sur un rayon de cinq cent mètres. Je me garai sur le (gigantesque) parking situé juste devant. Je fus soulagée de voir que la plupart des engins en stationnement étaient de très loin beaucoup plus tape à l'½il que le mien. Rien que cela me ravissait au plus haut point. Voitures de sport et autres véhicules de luxe rivalisaient de splendeur. J'avais dû me tromper de lycée... Je relus cent fois la paperasse que j'avais dû emporter avec moi. Non, je ne m'étais pas trompée. Le cauchemar était bel et bien vrai. Remarque, ce ne serait pas le premier. Visiblement, les gens d'ici et moi n'étions pas du même monde. J'allais vraiment avoir du mal à m'adapter. Ou bien je ne m'adapterais pas, comme d'habitude. La deuxième option me parut plus plausible. Je respirai un bon coup, m'en autorisai un deuxième, puis un troisième. Oh, et puis mince ! À quoi bon retarder l'échéance ?
J'ouvris ma portière, descendis du véhicule, et me raidis. Pendant quelques secondes mon cerveau m'ordonna de remonter, cependant que mon corps ne savait que faire. Un large trottoir me séparait des premières marches de l'enfer. Il y avait beaucoup trop de monde, mais je n'avais pas le choix. Fébrile, je montai les premières marches, jusqu'à me retrouver devant une grande entrée annonçant où je me trouvais – comme si je ne l'avais pas encore remarqué... Un grand édifice de marbre, doté de formes et de sculptures très harmonieuses, et d'un grand écriteau avec des inscriptions :

OKINAWA HIGH SCHOOL 

Très original... Si je continuais à rester bouche bée d'admiration, j'allais vite me faire repérer. Si ce n'était pas déjà fait. Je m'y engouffrai derrière deux gamins hilares et titubants.
L'intérieur était d'autant plus impressionnant, et je faillis m'enfuir en courant. Je m'en empêchai, mais de justesse. Un spacieux hall à l'allure très moderne, beaucoup plus que la façade en tout cas, m'attendait. Des panneaux d'affichages à droite à gauche, l'entrée de la cafétéria, l'administration... Dans ma contemplation, je ne m'étais même pas rendue compte que j'avais fait quelques pas en arrière, et par malheur j'avais heurté quelqu'un. Je me retournai vivement, et la poupée Barbie en personne me toisai avec – j'en étais sûre – l'envie de m'étrangler.


— Euh... Excuse-moi je... je n'avais pas vu que tu étais là..., bafouillai-je.
— Oui, et pourtant j'y étais ! répliqua-t-elle, l'air hautain.

Ses yeux bleu myosotis me fixai avec dégoût. Je dus l'admettre, elle était vraiment très belle. Une longue et soyeuse chevelure blonde relevée en une queue de cheval haute, une mèche lui retombant sur le visage. Ses traits étaient parfaits, ainsi que sa silhouette, longue et fine. Elle était légèrement plus grande que moi, et je m'aperçus que cette différence n'était qu'artificielle : elle portait des escarpins à talon aiguille. Il me fut aisé de deviner à quelle classe sociale elle appartenait, étant donné le coup moyen de ses goûts vestimentaires. Je ne pus retenir un murmure d'admiration.
Lorsque je revins à son regard, l'impatience s'était ajoutée à la fureur.


— Je t'ai présentée mes excuses, pourquoi tu me fixes comme ça ? réussis-je à peine à articuler.
— Pour passer le temps figures-toi, ironisa-t-elle en éxhibant ses lunettes de soleil, un peu démusurées comparé à son visage fin. J'attends que tu te pousses de mon chemin !

Cette fois, ce fut à mon tour de la dévisager. Je n'étais pas disposée à me faire marcher dessus d'entrée de jeu.

— Je te demande pardon ? ripostai-je.

Elle s'apprêtait à me répondre lorsqu'une voix fut plus rapide que la sienne.

— Tiens donc, je ne savais pas que le dernier design de Barbie c'était le style mouche.

La blonde se tourna vers la personne, qui la défiait du regard. C'était une autre blonde, mais son allure était à l'opposé du prototype « Barbie girl ». Un jean slim simple, surmonté d'une veste grise sous laquelle se cachait un débardeur blanc, tous deux assortis avec une paire de Converse gris anthracite. Je détaillai alors son visage, et ce dernier retint toute mon intention. Aussi fin que l'autre blonde, mais pourtant robuste, des pommettes saillantes, un nez et une bouche parfaitement dessinés, ainsi que des yeux bleu nuit pétillants de malice. Mais ce fut sa coiffure qui m'intrigua le plus : quatres petites couettes blond doré parfaitement symétriques. Elle avait exactement la même taille que moi, mais j'étais – évidemment – beaucoup plus frêle qu'elle. Je vis un petit sourire en coin étirer ses lèvres lorsqu'elle me jeta un coup d'oeil. Ses yeux retournèrent ensuite sur Barbie, et je fis de même.

— Il ne me semble pas t'avoir adressé la parole à toi, lui cracha-t-elle.
— Sans blague ? Autant pour moi, se moqua-t-elle.

Barbie fulmina de rage, se retourna vers moi puis s'avança d'un pas pressé, en prenant bien soin de me bousculer au passage. Je fermai les yeux puis soupirai.

— Contente de ta rencontre avec sa majesté ?

J'ouvris les yeux et me tournai vers mon interlocutrice. Elle s'était plantée devant moi, et mes yeux plongèrent alors immédiatement dans les siens. Je la regardai d'un air interloqué, le surnom employé me laissait pantoise.

— Sa majesté ? Tu plaisantes ?
— Non, malheureusement, ricana-t-elle. Je te présente Ino Yamanaka, la reine des garces.

Un rire m'échappa malgré moi, et je fus surprise de constater que son rire s'était joint au mien.

— Moi c'est Temari.
— Et moi Sakura, lui dis-je, prudente.

Da sa part, j'avais au moins espérer qu'elle s'abstiendrait de tout commentaire sur mon nom. Hélas...

— Oui, je sais, ça veut dire fleur de cerisier, la devançai-je en soupirant.
— Du calme, j'allais juste te dire que c'était un joli nom, se défendit-elle.
— Oh... désolé, répondis-je, confuse.
— C'est rien. Enfin bref. Tu es nouvelle, je me trompe ?

Aie ! Je n'avais même pas tenu dix minutes...

— Si je te dis non, tu me crois ? essayai-je de plaisanter.

Visiblement, elle appréciait mon humour car elle me pouffa au nez. Une réalité assez improbable s'imposa alors dans ma tête : j'établissais un contact humain. Serais-je tombée dans les pommes ? Et, dans ce cas, je serais en train de rêver... La stupidité de mes pensées m'exaspérait. J'avais si peu d'estime de moi-même, c'en était affligeant !

— De toute façon, ton masque serait tombé au moment même où tu aurais franchi la porte de ton premier cours...

Ses paroles firent mouche. Mon premier cours. Moi, debout devant tout une classe entière, obliger de me présenter... J'en frissonnai. Si jamais mon cerveau me dictait de m'enfuir en courant, je crois bien que je l'écouterais. Elle dû percevoir ma frayeur, car elle me proposa de m'y accompagner.

— Tant que j'y pense, tu n'as pas besoin d'aller chercher de la paperasse à l'administration ? s'inquiéta-t-elle.
— Ne t'en fais pas, il n'y a que ça dans mon sac.

Nous rîmes une nouvelle fois, et je dus avouer que cela atténuait mon sentiment de terreur. Nous nous rendîmes devant ma salle, j'avais cours d'Histoire avec un certain Yamato, lequel était plutôt sympathique d'après ce que m'en avait dit Temari. Je fus surprise de me rappeler de son nom, détail que je gardai bien soigneusement pour moi-même. Il y avait déjà quelques élèves installés par-ci par-là, et je choisis de m'assoir bien au fond, de sorte que personne ne me remarque, ou du moins que l'on m'oublie.
À peine quelques minutes plus tard, les derniers élèves arrivèrent en même temps que la sonnerie retentissait – espèce de bourdonnement crispant – et le professeur arriva à son tour. Je fus prise d'un mal au ventre aigu lorsque je vis qu'il me jaugeait d'un air suspicieux. Je me figeai sur place, puis il vint à ma rencontre. C'est à ce moment-là que l'enfer se manifesta, alors que je me postai devant le tableau, face à tous ses yeux qui me dévisageaient.
# Posté le lundi 23 juin 2008 09:28
Modifié le mercredi 24 juin 2009 08:18

Chapitre 2._[Kaiser Chiefs - Ɍuвʏ]_

Chapitre 2._[Kaiser Chiefs - Ɍuвʏ]_
Je faillis pousser un cri de joie lorsque la sonnerie retentit. Je n'avais pas la moindre idée de la façon dont je m'en étais empêchée, mais j'en fut très heureuse. Je rassemblai mes affaires et sortis de la salle en vitesse, avec une rapidité et une adresse qui m'étonna beaucoup.

Le reste de la matinée fut beaucoup plus détendu, étant donné qu'aucun de mes autres professeurs ne m'obligeât à me présenter devant la classe. Durant trois heures d'affilé, je dus me contenter d'écouter bêtement mes cours, et je crus que j'allais m'endormir au beau milieu de mon cours d'anglais.

Lorsque sonna midi, je m'aperçus que mon ventre criait famine. Je cherchai désespérément l'entrée de la cafétéria, et c'est à ce moment-là qu'une main m'agrippa l'épaule. Je sursautai, et étouffai un cri tandis que mon c½ur s'affolait. Je me retournai à la volée, et me retrouvai face à Temari, hilare.


— Du calme, ce n'est que moi.

Je ne sais pas en quoi cette petite blague était drôle, mais la blonde eut un mal fou à reprendre son sérieux. À supposer qu'elle en avait.
Nous nous dirigeâmes ensuite vers la cafétéria, ou une file impressionnante d'élèves s'était déjà formée. Moi qui était affamée à peine quelques minutes plus tôt, je me demandai à présent ce que je venais faire ici. Son petit manège m'avait coupé l'appétit, et j'avais apparemment pâli, car elle s'inquiéta de mon état. Je lui affirmai que tout allait bien, tandis que ce fut à notre tour de nous servir. Mon maigre repas consistait en une part de pizza, une pomme et une limonade. Très nourrissant tout cela...
Elle m'entraîna ensuite au fond du réfectoire déjà noir de monde. Un brouhaha assourdissant y régnait, et je fus bien contente que la blonde eut la présence d'esprit de s'installer en retrait. Malheureusement, notre isoloir ne resta pas inoccupé bien longtemps, car à peine étions-nous assises qu'un petit groupe de visages inconnus nous rejoignit. Adieu solitude !
J'eus tout juste le temps d'entamer mon repas que déjà je fus l'objet de nombreux coups d'½il inquisiteurs. Je sentis le rouge me monter aux oreilles, tandis que je rabattais mes cheveux vers l'avant.
Je commençai à me sentir vraiment mal à l'aise d'être le centre d'intérêt de la tablée, et en touchai deux mots à ma voisine.


— Ignore-les, ça va leur passer, me conseilla-t-elle.

Plus facile à dire qu'à faire. Je me concentrai sur mon déjeuner et tentai donc d'ignorer tous ces yeux braqués sur moi. Quelques instants plus tard, les regards semblaient effectivement se désintéresser de ma personne, et la tablée fut animée par les diverses conversations qui fusaient ça et là. Et bien, ce n'était pas trop tôt !
Alors que je croquai dans ma pomme, une amie de Temari tenta d'engager la conversation avec moi. Une petite brune pétillante, coiffée de deux macarons sur le haut de sa tête et d'une frange droite. Je n'avais même pas ouvert la bouche qu'elle s'engagea dans un long monologue sur sa vie. J'échangeai un regard interrogateur avec la blonde qui se contenta d'hausser les épaules.
Par endroit – cela dépendait de la table à laquelle on se trouvait – les conversations se muèrent tout à coup en chuchotement. Des sifflements et des murmures d'approbations s'élevèrent un peu partout, ce qui eut le mérite de titiller ma curiosité. La sulfureuse blonde dont j'avais fait la connaissance un peu plus tôt débarqua de sa démarche de top model, sous l'admiration générale de tout le réfectoire. Hors mis quelques individus dont moi-même et Temari. Celle-ci la fusillai du regard en murmurant dans sa barbe, même si je devinai aisément ce qu'elle pensait. La blonde nous jeta un regard hautain dans un coup de vent, et curieusement personne ne s'en préoccupa. Elle s'installa sur l'une des tables les plus reculées, juste à côté d'une baie vitrée d'où s'infiltrait la lumière du jour. Plusieurs personnes firent le même manège qu'elle, et j'entendis ma voisine soupirer. Tout cela était d'un ridicule...


— Et voici la joyeuse compagnie qui fait son entrée, grommela-t-elle.

Elle cita une liste de surnoms, tous aussi péjoratifs les uns que les autres, et quelques personnes gloussèrent dans la tablée. Si c'était à cela que ressemblait le quotidien ici, je ne risquerais pas de m'ennuyer !
Je m'aperçus que j'avais déjà fini mon maigre repas, alors que les autres n'en étaient qu'à la moitié. Je cherchai donc de quoi m'occuper, en jetant des coups d'½il à droite à gauche. Je m'aperçus alors que quelques personnes assises sur des tables voisines me toisaient du coin de l'½il. Je rougis une nouvelle fois – ce qui ne manqua pas de m'embarrasser – et je m'écrasai sur ma chaise. Je pivotai péniblement vers mon amie, qui rigolait avec sa fameuse voisine.


— Temari ?
— Oui ?
— On y va ? m'empressai-je de lui demander.
— Euh... oui si tu veux, répondit-elle, incrédule.

Alors que nous rassemblions nos affaires, je les guettai du coin de l'½il. Visiblement, le fait que je m'en aille leur faisait plaisir, car ils arboraient – tous sans exception – un sourire narquois. Temari sortit du réfectoire, et je lui emboîtai le pas.

Je fus surprise de constater que la classe était à moitié vide, étant donné que j'avais la fâcheuse habitude d'arriver soit à la dernière minute, soit en retard.
Le professeur m'accueillit sans un regard, et me souhaita la bienvenue d'un air indifférent, presque ennuyé.
Je cherchai des yeux une place, et en trouvai une tout au fond, mon endroit fétiche. Je m'y engageai, lorsqu'une blonde décolorée me passa devant en coup de vent, et darda sur moi un regard de braise. Décidément... Je cherchai donc une autre place, en repérai une. Une seule. Devant.
Je soupirai, puis m'avançai. Alors que je m'apprêtait à m'asseoir, je me raidis. Mon c½ur eut un raté, et je dus me ressaisir avant de me faire remarquer. Je venais tout juste de croiser le regard d'un ange, me semblait-il. Un visage pâle, un nez et une bouche parfaitement harmonisés avec les traits de celui-ci, si parfait. Des cheveux noirs de jais, remontés en un pic à l'arrière de son crâne – très esthétique comme coiffure. Deux mèches de la même teinte encadraient son beau visage. Sa tenue était à la fois simple et classe : un jean slim noir, des chaussures de la même couleur, le tout accordé avec une chemise blanche qui laissait entrevoir une partie de son torse, fort, musclé à souhait, juste comme il le fallait.
Je m'assis donc à côté de lui, la seule place encore vacante. Je me sentis soudainement gênée lorsque son regard noir se planta dans le mien, et me maudis intérieurement. Je me donnai une claque mentalement et me libérai de son emprise. Je pris soin de cacher mon visage derrière mes cheveux et de m'asseoir le plus loin de lui possible. Il semblait insensible à mon manège, puis il me quitta des yeux pour les poser sur le tableau. Je n'arrivai pas à écouter le cours, trop occuper à essayer de ne pas le regarder. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Je croisai les bras, une façon de me focaliser sur autre chose. Mes doigts se crispèrent sur mes bras, et mon ongles piquèrent ma peau.
Mais que m'arrivait-il ? Pourquoi est-ce que je me mettais dans un état pareil ? Tout cela devenait complètement ridicule. Je relâchai la pression sur mes bras, et me détendis. Je tentai d'apaiser ma respiration, et me calmai. Du coin de l'½il, je vis qu'il m'observait. Je rejetai mes cheveux en arrière, il sourit. Et là, je ne pus m'empêcher de me tourner vers lui. Je me giflai intérieurement, une nouvelle fois, consciente de la stupidité de mon geste. Il ricana puis reporta son attention sur le professeur. Je fronçai les sourcils, ouvris la bouche, puis le son tonitruant de la sonnerie se déclencha. Déjà ?
Il sauta sur ses pieds et s'enfuit comme un voleur, tandis que je rangeai lentement mes affaires. Je n'en revenais toujours pas. Son visage était la seule chose qui occupait mes pensées à présent, et son rire résonnait encore et encore dans ma tête. Cette situation me déstabilisait, car c'était la première fois qu'une telle chose m'arrivait.
La fin de ma journée passa à une vitesse folle, étant donné que mes pensées n'avaient cessé de vagabonder où bon leur semblait. Même si elles convergeaient toutes vers la même image. Son visage. Je ne connaissais même pas son nom, et pourtant cet inconnu me faisait perdre la tête. Je pensai alors être devenue folle. Cela expliquerait bien des choses.

Une fois de retour chez moi, je découvris une maison inhabitée. Ma mère n'était pas encore rentrée, et je me demandais ce qu'elle fabriquait. Mieux valait ne pas le savoir.
Je montai dans ma chambre et m'écrasai lamentablement sur mon lit. Oui, lamentablement. Ou pathétiquement, si vous préférez.
Je continuai donc de m'apitoyer sur mon sort pendant quelques minutes, avant de me rappeler que certains de mes professeurs avaient jugé utile de me donner de quoi rattraper mon retard. Trop obligeant.
Je m'y collai donc, et me heurtai à des exercices de mathématiques dont je ne voyais plus la fin. L'arrivée tonitruante de ma mère y mit presque immédiatement fin.
Je redescendis d'un étage, et m'empressai d'aller l'aider à ranger les courses. Un nombre impressionnant de sacs remplis à ras bord jonchaient le sol de la cuisine. Je les regardai en soupirant.


— Pourquoi n'as-tu pas acheté le magasin ? Tu aurai gagné du temps, lui fis-je remarquer, retrouvant mon humeur sarcastique.

Elle leva les yeux au ciel, et je m'emparai du premier sac qui me tombait sous la main. Lorsque nous eûmes fini notre corvée, ma mère s'affaira à préparer le dîner, tandis que je remontai dans ma chambre à l'assaut de mes équations. Je n'y comprenais absolument rien, je laissai donc tomber et m'attaquai à la littérature anglaise. Malgré l'effet soporifique de mon professeur, l'anglais était de loin ma matière préférée. Sans m'en vanter, je me suis toujours hissée parmi les meilleurs élèves dans cette catégorie-là. L'une des rares choses qui me rendait quelque peu mon estime.

J'étais littéralement absorbée par le livre que j'étais en train de dévorer lorsque ma mère me fit redescendre sur Terre. Je dévalai les escaliers quatre à quatre et m'assis en face d'elle, dans le salon. La télévision était allumée, mais le son était très bas.
Mon assiette était déjà pleine, et je me rendis compte que je mourrais de faim. Ce n'était pas mon maigre repas du midi qui m'aurait aidé à tenir plus longtemps. Ma mère me souhaita bonne appétit, je fis de même.
Nous mangeâmes tout en discutant de nos journées respectives. Je lui racontait ma rencontre avec Ino, et m'attardai sur le côté Barbie. Je lui narrai ensuite mon amitié naissante avec Temari, et ma mère me fit remarquer l'entrain avec lequel je lui parlais d'elle. Elle semblait d'ailleurs ravie et surtout étonnée que j'eusse réussi à me faire une amie aussi rapidement. Je partageai le même sentiment.
Malgré tout cela, j'omis volontairement de lui parler de ce garçon qui me faisait tourner la tête, car je n'avais aucune idée de la manière dont elle réagirait. Je gardai donc bien secrètement ce détail pour moi, et prétextai une journée très banale en dehors de ce que je lui avais déjà rapporté.
Elle me raconta ensuite la journée de son point de vue, et j'appris qu'elle avait passé le plus clair de son temps à ranger le reste de la maison. En comparaison, je venais de vivre une périlleuse aventure en territoire inconnu !

Lorsque j'eus fini mon assiette, je débarrassai la table et fis la vaisselle. Je voyais déjà cette routine se profiler sur les prochaines semaines à venir, et mon humeur morose reprit le dessus. Ma vie était si prévisible et ennuyeuse que je me demandais ce que je faisais là. Honnêtement...
N'ayant aucune envie de me remettre au travail, je préparai mes affaires pour le lendemain et m'installai devant la télévision. Je changeai de chaîne toutes les cinq secondes, et je fis le tour du bouquet en quelques minutes. Je l'éteignis, énervée, et m'occupai avec mon baladeur mp3. J'étais épuisée, et pourtant je ne trouvai pas le sommeil.
Les heures s'allongeaient, et mes yeux refusaient toujours de se fermer. Je commençai à perdre patience, et maudis ma mère d'avoir refuser de m'acheter des somnifères. Avec mes cauchemars répétés et mes insomnies, il m'arrivait parfois de m'endormir n'importe où et n'importe quand. Imaginez un peu que cela m'arrive en classe !
J'abandonnai la partie et rallumai ma télévision.

Le lendemain, je dus me forcer à boire trois tasses de café pour être sûre de ne pas somnoler au volant. Il ne manquerait plus que ça...
Une fois arrivée – en vie – au lycée, je pris soin de me garer le plus loin possible de l'entrée. Des fois que...
J'attendis ensuite que la sonnerie réveille un peu tout le monde pour aller en cours. Mauvaise idée, je ne me rappelais plus où était ma salle de Biologie. Bien évidemment, cette fois-ci il n'y avait personne pour me sauver la mise.
Les couloirs se vidaient à une vitesse impressionnante, même si quelques uns n'avaient pas l'air si pressé que cela. Je cherchai tant bien que mal le numéro correspondant, sans succès. C'est alors que je vis Barbie arriver de loin, et je bifurquai dans le premier couloir à ma portée. Dans mon élan, je me heurtai à une silhouette à peine plus grande que la mienne. Je fis tomber le livre que je tenais à la main, et d'un geste beaucoup plus rapide que le mien, la personne le ramassa et me le tendit.
Un blondinet aux yeux bleus me faisait face, un grand sourire aux lèvres. Incapable de parler, je lui rendis son sourire en guise de remerciement.
Il dut deviner que j'étais devenue muette, car il prit la parole :


— Tu devrais te dépêcher, tu vas être en retard.
— Euh... O-oui mais... euh... je..., bafouillai-je, incapable d'aligner deux mots consécutifs.

Me donnant une immense gifle mentalement, je m'obligeai à reprendre le dessus et à retrouver un usage correct de la parole.

— En fait je... je suis perdue, avouai-je avec difficulté.
— Je vois... Tu es nouvelle, je me trompe ?

Bravo, quelle perspicacité !

— Oui voilà, c'est ça.
— Enchanté, moi c'est Naruto. Naruto Uzumaki, me dit-il d'un air excessivement joyeux.

Je me demandai si je devais lui dire mon véritable nom ou bien en inventer un. Je décidai finalement de ne pas mentir sur mon identité, mais je pressentis que j'allais le regretter.

— Sakura Haruno, répondis-je d'un sourire faussement enjoué.
— Sakura ? C'est très joli comme nom, me complimenta-t-il. Ça ne veut pas dire « fleur de cerisier » ? (Bingo !)
— Si, marmonnai-je entre mes dents.

Je m'empressai de changer de sujet et lui demandai de me conduire à ma salle. J'appris sur le tas que nous avions le même cours, et je me jurai de me tuer si jamais j'étais contrainte de m'assoir à côté de lui.
La salle était pleine mais le cours n'avait pas encore débuté. Je fus excusée de mon retard du fait que je sois nouvelle, mais mon chevalier servant eut droit à une retenue ce mercredi. Je m'excusai silencieusement auprès de lui, et il m'assura que ce n'était rien. Je fus soulagée de constater que tout le monde avait sa place attribuée et que la sienne était à côté d'une fille brune à lunettes. D'ailleurs, il avait subitement l'air beaucoup moins joyeux.
Quant à moi, et bien j'étais l'intruse.


— Tenez Haruno, reprenez votre place d'hier, me conseilla mon professeur.

Ce que je fis. Mais que je regretta presque aussitôt. Il était là. Évidemment. Il ne m'accorda pas un seul regard, ce qui me rassura. Je préférais qu'il m'ignore plutôt qu'il recommence son petit manège d'hier. Je sortis mes affaires en silence, et le cours débuta. Je jetai un coup d'½il au blondinet, qui me le rendit avec un petit sourire.
Je pris soin de ne pas regarder dans sa direction, même si de temps à autre je ne pus m'empêcher de le surveiller du coin de l'½il. Pas une seul fois ses yeux ne dévièrent du tableau, sauf pour écrire sur sa feuille. Je m'aperçus alors que le fait qu'il m'ignore ne m'arrangeait pas tant que cela. Une sensation étrange m'avait envahi, et mon estomac s'était noué. Je jetai un coup dans sa direction, alors que je m'étais jurée de ne pas le faire. De toute manière, il ne sembla même pas le remarquer.
Résignée, je croisai les bras sur la table, et fixai le tableau durant ce qui me parut une éternité.

Lorsque sonna la fin de l'heure, je rangeai mes affaires avec la même lenteur que la veille. J'avais la gorge sèche et une boule au ventre, sans que je ne parvienne à comprendre pourquoi. Les autres élèves sortirent tous à la hâte, sauf Naruto qui avait décidé de m'attendre. Je lui assurai expressément que ce n'était pas la peine.
Je passai mon sac sur mon épaule, et sortis de la salle. J'étais encore dans l'encadrement de la porte lorsque l'on m'interpella par derrière. Je me figeai sur place, et me retournai avec une lenteur involontairement exagérée. Il avançait vers moi, tandis que mon c½ur s'emballait en un quart de seconde. J'étais comme paralysée, physiquement comme mentalement.
Il se tenait à présent juste devant moi, une vingtaine de centimètres nous séparait, et cette distance me parut beaucoup trop courte. Il ne me touchait même pas, et pourtant j'avais l'impression que nous étions collés l'un à l'autre. Mais je délirais.
Je pris sur moi, et ma paralysie passagère s'évapora.


— Oui ? lui dis-je tout en essayant de garder le contrôle.
— Tu viens de faire tomber ça, me répondit-il en me tendant ma veste.

Je ne l'avais même pas senti glisser de ma main.
— Euh... merci.

Il ne releva pas et sortit de la salle, prenant soin de ne pas me frôler. Les battements de mon c½ur ralentirent petit à petit, et ma respiration redevint régulière.
Ce garçon me faisait vraiment perdre la boule, c'en était effrayant.
Je ne m'étais pas rendue compte que je me tenais encore dans l'encadrement de la porte, et ce fut le son strident de la sonnerie qui me tira de mes rêveries. Bien évidemment, j'arrivai en retard à mon cours suivant. Encore une fois.

# Posté le mardi 24 juin 2008 15:24
Modifié le samedi 27 juin 2009 07:10

Chapitre 3._[Billy Talent - Ƭяʏ Hσиэsтℓƴ ]_

Chapitre 3._[Billy Talent - Ƭяʏ Hσиэsтℓƴ ]_
Ma première semaine à Okinawa fut vraiment très étrange. Plus les jours passaient, et plus je me sentais à l'aise ici. Tout ce qui m'arrivait était nouveau pour moi, et cette immersion dans l'inconnu était peut-être la cause de ma méfiance.
Quoi qu'il en soit, c'était un sentiment très agréable. Temari et moi étions plus complices que jamais, et mon cercle de connaissances s'élargissait de jour en jour, tandis que j'apprenais à éconduire Naruto lorsqu'il venait me faire des avances maladroites. Il ne cachait pas qu'il ressentait une certaine attirance pour moi, mais je n'arrivais pas à lui faire comprendre que ce n'était pas réciproque. Le pauvre.
J'avais fait la connaissance d'une jeune fille timide du nom d'Hinata Hyûga. De toute ma vie je n'aurais jamais pensé pouvoir rencontrer quelqu'un de plus réservé et intraverti que moi. La rencontrer fut donc en quelque sorte un soulagement vis-à-vis de mes complexes. Je me sens encore terriblement honteuse de penser une chose pareille...
Puis il y avait Ten-Ten, la petite brune aux deux macarons avec qui j'avais conversé lors de ma première excursion au réfectoire de la cafétéria du lycée. Il s'avérait qu'en réalité, elle et Temari étaient très proches, nous devions donc constamment nous la coltiner partout où nous allions. Je n'osais pas le dire à la blonde, mais quelque chose ne collait pas avec cette fille. Elle n'était pas méchante, mais j'avais l'impression qu'elle n'était pas celle qu'elle prétendait.
C'était pour cela que je ne comprenais pas comment elles pouvaient être amies.
Hinata m'avait également présenté son cousin, un dénommé Neji Hyûga. Un garçon fort séduisant si vous voulez mon avis. Il était plus âgé que moi - bon, d'un an, certes, mais plus âgé tout de même !
J'avais même remarqué que je le croisais beaucoup plus souvent maintenant que nous nous connaissions...

Mais - parce qu'il y a toujours un mais - il n'était pas venu en cours depuis une semaine. Depuis le jour où il m'avait adressé la parole, en fait. Simple coïncidence ? J'en doute.
Un mais qui commençait à prendre beaucoup trop de place à mon goût dans ma tête.
Et pour ne rien arranger, je me repassais le son de sa voix en boucle dans ma tête, et m'imaginais à chaque seconde son visage d'ange.
Pitié, tuez-moi !

Je m'étais familiarisée avec ma place de parking, tout au fond de celui-ci. Ma place préférée. À vrai dire, cet emplacement ne m'était pas officiellement administré, mais aucune voiture n'y stationnait jamais. Alors...
Sauf que ce matin-là, quelqu'un avait décidé de faire exception à la règle. Une Porsche grise, vitres teintées et carrosserie impeccable, sublime, avait pris la place de mon Land Rover noir électrique. Qu'on se le dise tout de suite, je n'avais aucune idée quant à l'identité du propriétaire.
Je me garai donc un peu plus loin, à côté d'un petit fourgon quelque peu délabré. Je coupai le contact, ouvris la portière et sautai à terre. Mes yeux étaient rivés sur le véhicule de sport, et je ne pouvais me résoudre à m'en détacher.
C'est alors qu'il descendit depuis le côté conducteur du bolide. J'en restai bouche-bée.
Son regard de braise était dissimulé derrière une paire de lunettes de soleil noires, ce qui le rendait encore plus mystérieux qu'à l'ordinaire. Il portait également un tee-shirt blanc, ni trop large ni trop serré, accordé à un jean délavé. Mon Dieu ! Je ne peux plus respirer !
Comment une tenue si simpliste et banale pouvait-elle devenir si classe une fois sur lui ? Toute cette magnificence commençait à m'agacer. Oh ! Enfin une réaction logique. Il était temps.
Je tournai presque immédiatement le regard lorsque son visage déclina dans ma direction. Je fis mine de chercher mon portable, et verrouillai le 4x4.
Je m'engouffrai ensuite dans le hall d'entrée, et me dirigeai tout droit vers ma salle de Mathématiques. L'horreur.
Temari m'attendait devant l'entrée, seule. Ce qui était bien rare depuis quelques jours. Elle me vit arriver de loin, et afficha le plus radieux sourire à sa disposition. Je lui rendis la pareille, et nous entrâmes ensemble.
Nous nous installâmes au fond - je lui avais fait prendre cette fâcheuse habitude - sous le regard inquisiteur de notre professeur. Nous l'ignorâmes royalement, et nous assîmes en silence.
À peine dix minutes après que le cours ait commencé, j'étais déjà morte d'ennui. Je n'y comprenais absolument rien, et mon amie semblait être dans le même état d'esprit que le mien. Du coin de l'½il, je vis qu'elle somnolait de temps à autre. Je m'empêchai de l'embêter plusieurs fois de suite, même si j'eus du mal à me contenir.
Et dire que j'allais devoir supporter ceci pendant deux heures.

Lorsque sonna la pause de dix heures, nous sortîmes de la salle à toute vitesse, et j'eus la désagréable surprise de découvrir Ten-Ten qui nous attendait. Je préférai encore retourner là d'où je venais.
Elle sauta au cou de Temari, et je me contentai d'un simple « salut » de politesse. Mes sentiments à son égard devait apparemment être visible de l'extérieur. Tant pis.
En parlant de gens que je n'appréciais pas, cela faisait déjà un moment que je ne croisai plus Barbie. À force de l'appeler ainsi, j'en avais oublié son nom.
Mais je ne m'en plaignais pas. Au contraire.
Perdue dans mes pensées, je ne m'étais pas rendue compte que nous nous dirigions à l'extérieur du bâtiment. Je m'apprêtai à questionner la bonde à ce sujet, lorsque la brune l'attrapa par le bras et l'entraîna avec elle. Je les regardai s'éloigner avec des yeux ronds. Temari se retourna vers moi et haussa les épaules pour simples excuses.
Et voilà, il ne restait plus que moi. Toute seule.
Je fulminai intérieurement, lorsqu'une main se posa sur mon épaule. Je fis volte-face, et me retrouvai nez-à-nez avec Neji. Je devais être en train de rougir comme une pivoine car j'eus soudain extrêmement chaud. Il parut amusé, et je me détendis.


— Désolé. Je ne t'ai pas trop fait peur au moins ? s'inquiéta-t-il.
— Non, pas du tout. Rassure-toi.

Je lui souris à mon tour comme pour lui confirmer mes dires. Il me raccompagna ensuite à l'intérieur, et nous marchâmes tous les deux, côte à côte. Une telle proximité avec un garçon me gênait, je l'avoue. Il suffisait de voir à quel point j'étais hors de moi lorsque je me trouvais à quelque centimètres de...
Je réprimai un soupir et l'envie de taper du pied. Cela devenait exaspérant à la longue de toujours revenir à lui. Surtout quand je me trouvais en compagnie d'un autre garçon, qui de plus avait la particularité de ne pas me laisser indifférente...
Une pensée qui me fit rougir de plus belle. Une chance, il ne le remarqua même pas. Nous étions bientôt devant ma prochaine salle de cours, je l'en informai, et m'apprêtai à y entrer lorsqu'il me prit la main pour me retenir. Je le regardai d'un air interrogateur, mais son regard m'indiqua qu'il cherchait ses mots.


— Sakura, j'ai des amis qui organise une petite fête et je... et bien je me demandais si ça te dirait de... de m'accompagner ? bredouilla-t-il.
— Euh... je...

Si je m'y attendais à celle-là ! Je ne savais plus où me mettre. Était-ce normal que mes émotions échappent à mon contrôle ? Je crois, oui. Devais-je accepter, ou non ? La réponse ne m'apparaissait pas assez clairement dans ma tête pour confirmer ou refuser.
Cherchant à m'ôter de l'emprise de son regard perçant, mes yeux paillonnèrent sur la gauche, et tombèrent pile poil sur la seule personne que je tenais absolument à éviter. Bien évidemment, c'était lui. Avait-il décidé de me rendre définitivement et irrévocablement folle ? Peut-être bien.
Il nous observait depuis l'autre bout du couloir, en compagnie d'un groupe de sportifs. Un petit sourire narquois se dessina sur ses lèvres lorsque je le fusillai du regard. Je me demandai alors si c'était bien moi qu'il regardait ainsi. Apparemment, oui.
Le retentissement de la sonnerie m'arracha à mes rêveries, et mon regard replongea dans celui de Neji.


— J'y réfléchirai, lui promis-je.

Il parut satisfait de cette réponse, et me laissa en compagnie du reste de ma classe d'Anglais.
C'était d'ailleurs le seul cours où je m'asseyais volontairement dans les premiers rangs. J'avais un bon feeling avec mon professeur, un certain Kakashi, qui semblait plus que ravi d'avoir au moins un élève qui s'intéressât un tant soit peu à ce qu'il s'efforçait de nous apprendre.
Je pressentis qu'il serait le seul à me donner envie de venir ici tous les jours de l'année.

Le repas du midi fut, comme toujours, mouvementé. Il nous fallait à présent deux tables pour contenir toutes les personnes qui venaient s'ajouter à notre petit groupe. Non pas que cela me dérange, mais je ne suis pas habituée à ce genre de situation. Comme à d'autres, d'ailleurs...
Il restait une place à côté de moi, et bien entendu Naruto vint s'y installer avec un peu trop d'enthousiasme. Je réprimai un soupir, cependant qu'il s'aventurai dans un énième monologue où il me comptait toute sorte de choses aussi barbantes les unes que les autres. Il fallait vraiment qu'on ait une petite discussion un de ces jours.
Je reçus un coup de coude dans les côtes, et fus surprise de constater qu'il venait de la blonde. Elle me fit signe de regarder dans la même direction qu'elle, alors que Barbie et sa troupe faisait leur entrée théâtrale. Elle ne m'avait vraiment pas manqué.
Petite nouveauté, elle tenait la main d'un grand brun à la coiffure en « ananas » - un style très abstrait... Le pauvre, je le plaignais.
J'allais faire la remarque à mon amie, lorsque je vis son visage se décomposer à la vitesse grand V. Je n'eus même pas le temps de dire quoi que ce soit, qu'elle se leva et partit en courant. Ni une ni deux, je ne cherchai pas à comprendre et tentai de la rattraper. Je sentis les regards peser sur nous deux dans tout le réfectoire, mais qu'importe.
Je la suivis jusque dans les couloirs du deuxième étage, où elle s'arrêta, hors d'haleine. Et moi avec. Je me rapprochai d'elle, et l'obligeai à me faire face. Des larmes perlaient le long de ses joues. Je la pris dans mes bras, et passai une main réconfortante dans son dos.


— Chut..., lui murmurai-je.

Je la guidai jusqu'à un banc, en la soutenant comme je le pouvais. Une fois que nous étions assises, je m'apprêtai à recommencer mon manège lorsqu'elle se dégagea de mon étreinte, balayant les larmes d'un revers de main. Je la regardai incrédule, mais elle ne sembla pas s'en préoccuper.

— J'en reviens pas que je me mette dans des états pareils, tout ça pour un mec en plus ! vociféra-t-elle, plus pour elle-même que pour moi.
— C'est ton ex petit-ami ?

Elle me répondit d'un hochement de tête négatif, et je fronçai les sourcils. Je n'eus même pas besoin de poser ma question qu'elle enchaîna presque immédiatement.

— Je... je suis... amoureuse de lui, m'avoua-t-elle. Je l'ai toujours été. Et maintenant, cette garce l'a...

Les larmes débordaient de ses yeux, encore une fois. Je ne bronchai pas, de peur de faire quelque chose de travers. Le fait qu'elle s'ouvre ainsi à moi me confirma la place qu'elle m'accordait, même si c'était en telles circonstances.
Ainsi, Barbie l'avait fait exprès. Quelle garce ! Et dire qu'elle était prête à de telles extrémités juste pour affirmer son statut... Une attitude pareille me répugnait à un point inimaginable.

J'eus l'impression de la trahir lorsque je fus contrainte de l'abandonner pour aller à mon premier cours de l'après-midi. Soit dit en passant un cours où je n'avais vraiment pas envie de me rendre : Biologie. Vous devinerez pourquoi.
Je me rabaissai même à attendre Naruto pour y aller avec lui. J'étais réellement désespérée.
Bien sûr, lui était tout content lorsque je l'attrapai au vol. Il se permit même une de ses blagues stupides en cours de route. Je levai les yeux au ciel, et m'accordai même un soupire.
Nous arrivâmes devant la salle en même temps que la moitié de la classe, et Naruto se félicita d'être en avance pour la première fois de sa vie. Je le regardai d'un air exaspéré, même s'il ne le vit pas.
Il entra en premier dans la salle, je lui emboîtai le pas. Et je le vis, assis à sa place habituelle. J'étais encore dans l'encadrement de la porte, et me demandai si j'étais réellement obligée d'avancer.
On souffla mon nom dans mon dos, et me retournai avec un petit sourire en coin lorsque j'eus reconnu la voix. Neji m'était tombé dessus juste au bon moment. Comme d'habitude, curieusement.
Il me questionna de nouveau sur sa proposition, que je refusai finalement, prétextant que je devais encore aider ma mère à ranger la maison. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse me croire aussi facilement. Et pourtant, il m'assura « qu'il comprenait parfaitement ».
Au lieu de tourner les talons et de s'en aller - ce à quoi je m'attendais - son regard dévia du mien pour se perdre dans mon dos. Il lança un regard noir à la personne qu'il toisait, et un petit sourire narquois se dessina à la commissure de ses lèvres. Il dut croire que je ne l'avais pas vu, car il m'embrassa sur le front, et repartit comme si de rien n'était.
Consciente qu'une trentaine de personne venaient d'assister au spectacle, je fis mine de rien et allai m'assoir à ma place. Naruto me lança un regard interrogateur, que je ne relevai pas. Au passage, j'avais également remarqué qu'il me fixait de son regard ténébreux.
Je m'assis donc, mal à l'aise - comme d'habitude - et me concentrai sur le professeur qui venait d'entrer.
C'est fou à quel point l'humeur de ce garçon était changeante. Une fois il n'arrêtait pas de me fixer, et se mettait même à rire - allez savoir pourquoi - et le lendemain il faisait comme si je n'existais pas. Ne serait-il pas légèrement schizophrène de temps à autre ?
Je me posai sérieusement la question, mais préférai ne pas trop y penser.
Je le guettai du coin de l'½il, et vis qu'il s'était désintéressé de moi. Une réaction à laquelle je m'attendais. Je l'empêchai de diriger mes yeux sur lui, mais cette tâche se révéla ardue. Je me contentai donc des mes petites inspections furtives. Son stylo tournoyait nerveusement entre ses doigts, une attitude que je ne lui connaissais pas. Intéressant...
Un de ses poings se referma ensuite sur le bord de la table, tandis qu'il se forçait - je le voyais bien - à regarder dans la direction opposée à la mienne. Notre professeur nous distribua des polycopiés, et mon sang ne fit qu'un tour lorsque je vis inscrit à gauche de l'en-tête "nom du partenaire".
M'en voulait-il assez pour souhaiter ma mort ? Il semblait bien que oui. À contrec½ur, je me tournai vers mon "partenaire", et le retrouvai dans la même position qu'il y a quelques secondes. Le poing crispé sur la table et le regard perdu devant lui. Les veines de sa main saillaient sous sa peau, tandis que je repris ma position initiale, embarrassée par son état. Je cherchai des yeux une autre personne qui par hasard serait elle aussi seule, mais n'en trouvait pas. Bien entendu.


— Excuse-moi.

La voix venait de derrière moi, ce qui me choqua encore plus. Oui, je suis choquée. Je n'avais entendu sa voix qu'une seule fois, et pourtant c'était comme si je la connaissais depuis toujours. Je me tournai vers lui à nouveau, et son expression avait changé du tout au tout. Il semblait très détendu, et arborait même un petit sourire en coin... amical.

— Pardon ? feignis-je de m'étonner.

Son sourire s'élargit, alors qu'il se mit face à moi. J'eus du mal à soutenir son regard tant il était pénétrant. J'avais l'impression de me perdre dans ses pupilles, si sombres.

— Je suis désolé, pour l'autre jour. Je n'ai pas été très... courtois, s'expliqua-t-il. Je ne me suis même pas présenté.

Je ne savais pas s'il lui était déjà arrivé d'aligner autant de mots dans une seule phrase, ni même qu'elle comporte un message d'excuse. Mais en même temps, je ne vois pas pourquoi il se donnerait cette peine pour moi.

— Je m'appelle Sasuke, Sasuke Uchiwa.
— Et moi c'est...
— Sakura, me coupa-t-il en gardant son magnifique sourire divin. C'est un très joli prénom, ajouta-t-il.

Je fus très touchée par le compliment, et encore plus par le fait qu'il s'abstienne de tout commentaire. Je ne savais pas s'il était sincère ou s'il jouait la comédie, mais à ce moment précis, je m'en contrefichai. Tout ce qui m'importait était de pouvoir entendre encore une fois le son de sa voix.

— Alors, qu'est-ce qui t'amène à Okinawa ?
— Et bien je... euh...

La question fit mouche, même s'il était hors de question que j'évoque devant qui que ce soit cette profonde blessure encore récente. Mes larmes avaient peut-être cessé de couler, mais la douleur refusait de partir.

— Ma mère a été mutée, mentis-je.
— Je vois... Ta nouvelle vie ici te plait-elle ?
— Assez, oui. Enfin, il y a des bons et des mauvais côtés, comme toujours.
— Et quels sont les mauvais ? insista-t-il.
— Et bien, Tokyo me manque, j'ai quand même vécu près de seize ans là-bas. Le dynamisme de la ville, les grands immeubles, la haute technologie... Ici, ce n'est pas pareil.
— Et les bons ? enchaîna-t-il sans même revenir sur mes dernières paroles.
— Je dirais tous les gens que j'ai rencontré ici jusqu'à présent. Enfin, à part quelques uns...

Cette remarque le fit sourire de plus belle, et je ne pus m'empêcher de l'imiter. Il était bien le premier ici à s'intéresser à ma vie d'avant. Même Temari ne m'en avait jamais parlé. Peut-être attendait-elle que j'aborde le sujet ?

— À ton avis, je fais parti de quel côté ?

Sa question me prit au dépourvu. J'avoue que je le situerais entre les deux, mais cela semble un peu déplacé comme remarque.

— Euh... Je ne sais pas, je ne te connais pas, m'esquivai-je.
— On a toujours une première impression en rencontrant quelqu'un, et elle est souvent véridique. Quelle a été la tienne à mon sujet ?
— Je ne sais pas vraiment... Je crois que...

Voyant que la réponse ne venait pas, il ne releva pas. Cela semblait le contrarier que j'esquive sa question. Et alors ?
Quoi qu'il en soit, sa mine contrariée s'évanouit presque immédiatement, laissant place de nouveau à son sourire angélique.


— Donc comme ça, tu sors avec Neji Hyûga ? me questionna-t-il.

Je le regardai avec des yeux ronds, terriblement gênée. Ce n'était quand même pas l'impression que je donnai, et puis on ne se connaissait que depuis quelques malheureux jours...
Ma réaction parut le satisfaire, et même l'amusé. Une attitude qui eut rapidement le don de m'irriter. D'un ton que je voulais cassant, je lui rétorquai :


— Je ne vois pas en quoi ça te regarde.
— En rien, c'était juste pour savoir. Encore désolé si je suis trop indiscret, fit-il moqueur.

Je fronçai les sourcils, et repris ma position initiale. Je m'obligeai à ne plus le regarder, cependant que j'entendis son rire cristallin dans mon dos.

— Je t'énerve ?

Je fis comme si je n'avais rien entendu, et l'ignorai royalement. Il ricana de plus belle, j'avais même l'impression qu'il le faisait exprès. Ce qui ne m'aurait pas étonné.

— Libre à toi de faire comme si je n'existais pas, mais je ne pense pas que ce devoir se fera tout seul.

Je dus bien admettre que la remarque était fondée, même si mon agacement me dictait de ne pas l'écouter. Ce que je m'apprêtai à faire lorsque le professeur vint inspecter notre travail. Il nous toisa d'un ½il mauvais lorsqu'il vit nos deux fiches vierges de toutes inscriptions à l'encre.
Il s'éloigna ensuite, et je me résignai à laisser mon orgueil de côté, le temps en tout cas que durerait nos travaux pratiques.
Tout cela sous l'½il amusé - je l'espérai au plus profond de mon être - d'un nouvel ami.

# Posté le jeudi 26 juin 2008 10:52
Modifié le samedi 04 juillet 2009 14:26