La mort était si apaisante. Aucune image, aucun son, rien qui ne puisse plus me perturber. Je reposais en paix, enfin. Bip ! Bip ! Bip ! Ce son strident se répétait à intervalle régulier de quelques secondes. La mort se sentait-elle d'humeur à plaisanter ? Oui, apparemment.
Agacée par ce bruit, mes yeux papillonnèrent, mais je ne pus me résoudre à les ouvrir complètement, éblouie par un faisceau d'une intense luminosité braqué sur moi. La mort avait un humour très... spécial. Je voulus me protéger le visage avec les mains, mais rien que le fait de bouger le petit doigt provoqua des spasmes de douleur dans tout mon corps. Je compris alors que ce n'était pas une plaisanterie. Le mort n'était jamais venue me chercher. Je me surpris à éprouver de la colère à son encontre. J'entendis un grincement sourd, puis quelques jurons – ce qui eut le mérite de me faire sourire dans mon fort intérieur – et je me risquai à retenter l'expérience. Je réussis à légèrement entrouvrir les yeux sans que cela ne m'aveugle. Néanmoins, je distinguai vaguement une silhouette postée à mon côté, mais ne perçus clairement qu'un léger scintillement en émanant. De plus en plus brillant, je le vis se rapprocher de mon visage, et sentis le doux revers d'une main – visiblement féminine – me caresser la joue.
— Bonjour ma chérie, me murmura-t-on.
La voix me parvint indistincte, mais j'eus tout de même la confirmation que c'était celle d'une femme. Mon cerveau entreprit de l'analyser – tiens, il fonctionnait encore celui-là ? – et un sentiment de bien-être m'envahit lorsque je la reconnus. Mes yeux s'ouvrirent brutalement, peut-être un peu trop d'ailleurs. Par réflexe, et également par miracle, mon bras se souleva et vint se poser sur mes paupières. Quelques instants plus tard, je sentis le contrecoup m'engourdir les membres et la douleur m'arracha un faible « Aie ! », qui d'ailleurs ressemblait plus à un couinement de souris qu'autre chose.
Mon bras repris sa place de force, et la voix s'enquit de me servir un sermon, comme si je n'étais qu'une gamine. Je souris.
— Bonjour, maman.
Ma voix était caverneuse, je me fis peur. Je n'osai même pas imaginer la tête que je devais avoir. Sans la regarder, je savais qu'elle s'était mise à pleurer, et que de ce fait, elle ne pouvait parler. Disons que... ma mère est très émotive. Je l'examinai de la tête au pied du coin de l'½il. Elle était décoiffée, mal habillée, et elle n'était pas maquillée. Chez elle, c'est un signe qui ne trompe pas. Quelque chose n'allait pas, mais je n'osais pas lui demander pourquoi. C'est alors que la réponse s'imposa en moi – inutile de préciser qu'elle était vraiment flagrante. En regardant autour de moi, je m'aperçus que nous étions dans une chambre d'hôpital.
— Euh... dis-moi, pourquoi suis-je clouée sur un lit d'hôpital ?
Ma question parut la désarçonner. Apparemment, mes propos étaient déplacés. Elle me dévisagea d'un air incrédule, ce qui m'agaça très rapidement. Ne pouvait-elle pas simplement me répondre au lieu de rester plantée là, bouche-bée ?
Craignant l'arrêt cardiaque, je changeai de sujet.
— Tu fais peur à voir comme ça, lui fis-je remarquer.
— Parle pour toi, enchaîna-t-elle en m'adressant ce qu'elle devait assimiler à un sourire. Je suis restée ici en attendant que tu te réveilles.
— J'ai dormi ? m'enquis-je, surprise.
— Pendant trois jours.
Trois jours. J'avais l'impression qu'on venait de me gifler. J'étais tombée dans le coma, certainement. Mais un détail me préoccupa : que s'était-il passé ? Je ne le savais pas. Je devais être victime d'une amnésie partielle. Honnêtement, je n'avais pas très envie de savoir ce qui m'était arrivé. L'idée de le lui demander ne m'effleura même pas l'esprit, ses nerres étaient déjà mis à rude épreuve. Sans que je puisse l'en empêcher, un bâillement m'échappa. Contre toute attente, ma mère fut à quelques centimètres de mon visage en une fraction de seconde.
— Tu es fatiguée, je vais te laisser dormir tranquillement.
— Non, ce n'est pas vrai, braillai-je en étouffant un bâillement.
— Mais oui, bien sûr chérie, se moqua-t-elle.
Elle me gratifia d'un large sourire qui illumina ses traits, puis elle appela une infirmière. Elle voulait m'endormir par la force.
— Maman écoute, j'ai dormi pendant trois jours. Je pense que j'ai largement explosé mon quotas de sommeil, grommelai-je.
Elle partit d'un rire tonitruant puis m'embrassa sur le front.
— Dors, Sakura.
Je la fusillai du regard, puis elle sortit de la pièce tandis que l'infirmière entrait.
Sakura. Voici donc le nom sous lequel je suis condamnée à passer mon existence. Condamnée parce qu'en bon japonais sakura signifie fleur de cerisier. Lorsque l'on a quatre ans, c'est très mignon, mais arrivé à seize, cela devient gênant. Très gênant. Mes parents ont eu la bonne idée de m'appeler ainsi car mes abrutis de cheveux ont naturellement une teinte rose. Rose bonbon même, encore mieux. Bizarrerie dont je suis la seule de la famille à avoir hérité. À mettre sur le compte de ma chance légendaire...
Les antalgiques faisaient déjà effet, et mes yeux se fermaient d'eux-mêmes. Je m'apprêtait à laisser s'évader mon esprit où bon lui semblait, lorsque soudain, je me figeai.
La voiture venait de quitter la chaussée et avait amorcé sa descente en tonneau jusque dans un profond ravin, à une vingtaine de mètres plus loin. J'étais coincée sur mon siège, côté passager, la ceinture de sécurité me coupant la respiration. Et j'avais l'impression d'avoir déjà vécu cette scène.
Tout m'était familier : la fenêtre brisée contre ma joue, mon corps tout entier qui me faisait souffrir, la fatigue qui m'engourdissait les membres... Sauf que j'étais seule. J'avais peur. Je fermai les yeux, et j'inspirai. J'aurais espéré que cela m'aiderait à m'apaiser. En vain. Je sentis alors une main froide s'enlacer autour de la mienne. En revanche, cela ne m'était pas familier. Mes paupières se soulevèrent subitement. Mon père me regardait et me souriait tendrement. Mes larmes me prirent au dépourvu mais je ne les retins pas.
— Papa ?... Papa, j'ai peur...
— Chut, ne crains rien. Je suis là ma chérie, me susurra-t-il tout en déposant ses lèvres sur ma joue.
Je détournai le regard, et mon visage pivota d'un quart de tour.
— Nous allons mourir, n'est-ce pas ?
Ma voix tremblait, et même si je ne le regardais pas, je savais qu'il me souriait encore. Il me berçait de cette voix que je connaissais si bien, celle qu'il avait l'habitude de prendre lorsque j'étais petite.
— Tout va bien, calme-toi.
Je me raidis, et fit pivoter une nouvelle fois mon visage dans le sens inverse. Son sourire était toujours là, et il me regardait avec toujours autant de tendresse.
— Bien ? Comment peux-tu qualifier cette situation de bien ? me surpris-je à hurler. Nous sommes coincés dans cette voiture, il n'y a probablement personne qui ne viendra à notre secours, et tu trouves que tout va bien !? Mais bon sang, ouvre les yeux, nous allons mourir !
Je ne pus m'empêcher de fondre en larmes tant j'étais énervée. Son visage devint livide, et son sourire perdit son éclat. Il planta ses pupilles dans les miennes, puis ses doigts tracèrent des petits cercles sur le revers de ma main.
— Je t'aime Sakura. Je t'aime et je t'aimerais toujours. Quoiqu'il arrive, je serais là, déclara-t-il.
— Moi aussi je t'aime mais..., balbutiai-je.
Je n'aimais pas du tout la tournure que prenait les choses. Son ton devenait trop solennel à mon goût, et le sous-entendu de ses paroles ressemblait beaucoup trop à un adieu.
— Tu vois que tout ne va pas si bien, ironisai-je.
— Chut, tais-toi maintenant, répliqua-t-il après m'avoir pouffé au nez.
— Quoi ?
De la lumière filtra à travers la fenêtre de mon côté, j'en fus éblouie. J'interrogeai mon père du regard, et il se contenta de me sourire. J'avais l'impression d'être aspirée vers l'extérieur, et soudain, tout devint clair.
— Non... NON ! PAPA ! hurlai-je, désespérée.
Mes sanglots me nouèrent la gorge, et je ne fus bientôt plus en mesure de m'exprimer. Je tendis mes mains vers lui, mais il n'en fit rien. Il murmura un dernier « je t'aime » entre ses lèvres, puis ses paupières se refermèrent, et son c½ur s'immobilisa.
— PAPA !
Je mis plusieurs minutes à réaliser que j'avais flanqué un coup de poing à mon pauvre réveil, encore une fois. D'un revers de main, je m'épongeai le visage, lequel était couvert de sueur. Je tremblai, ce qui compliquait la tâche. Je regardai l'heure. Cinq heures et demi du matin. Génial. J'hésitai à me rendormir. Mon cauchemar m'en dissuada. Je ne tenais pas non plus à me lever, mais bon. J'envoyai valser mes draps et sautai sur mes pieds. Je me laissai traîner jusque dans ma salle de bain et m'aspergeai d'eau le visage. Je me regardai dans le miroir puis soupirai. Ma peau était blême, translucide. J'avais l'allure d'un cadavre. Mes yeux étaient ternes, sans émotions. Même pas un cadavre, un fantôme. Et l'explosion capillaire qui me servait de coupe de cheveux ne ressemblait à rien. Bien, au moins me préparer prendrait du temps. Je m'y collai dès maintenant, il fallait que je m'active. Je me déshabillai et entrai dans la douche. Le contact de l'eau chaude sur ma peau me fit du bien, et – je l'espérai – m'avait redonné quelques couleurs.
Lorsque j'en ressortis, je me séchai les cheveux puis m'habillai. Rien de tape à l'½il, mes cheveux s'en chargeraient très bien.
Après me les êtres lissés, je descendis au rez-de-chaussée, en direction de la cuisine pour me préparer mon petit déjeuner. Ma mère était déjà, aux fourneaux. J'avais sûrement dû la réveiller. Elle m'adressa son grand sourire matinal et vint me serrer dans ses bras. Je remarquai que sur la table était disposée beaucoup trop de nourriture pour seulement deux personnes.
— Euh... maman ?
— Oui ?
— Ce n'est pas mon anniversaire aujourd'hui, fis-je. Alors qu'est-ce que...
— Exact, me coupa-t-elle. Mais tu auras besoin de forces aujourd'hui, ajouta-t-elle en s'agitant dans tous les sens.
Je la regardai se démener sans broncher. Lorsqu'elle s'aperçut que je l'observai d'un ½il interrogateur, elle soupira.
— Aujourd'hui c'est ton premier jour, tête en l'air, se moqua-t-elle.
— Oh, magnifique, grommelai-je.
— Alors, pas trop nerveuse ?
— J'ai le choix ? soupirai-je, lassée.
Je m'assis à la première place qui s'offrait à moi, et ma mère s'installa en face. Je mangeai en silence, et je l'écoutai déverser un flot de paroles auquel je ne prêtai pas vraiment attention. Je l'écoutais sans réellement l'écouter, en fait. Je me contentai d'acquiescer lorsqu'il le fallait. Quand nous eûmes terminé, je remontai en haut et préparai mon sac. À chaque fois que j'y glissais quelques chose, j'avais un pincement au c½ur. J'avais peur de mon premier jour dans un nouveau lycée. J'étais littéralement terrorisée. C'était totalement démesuré, j'en avais conscience, mais c'était ainsi.
Il me restait encore quelques minutes, et je tentai de faire disparaître mon angoisse avec un peu de musique. Peine perdue. Tant pis.
Je redescendis en bas, équipée de ma veste préférée – ça ne coûte rien de vouloir forcer un peu la chance – et de mon sac. Je passai devant la cuisine, et lorsque je tournai la poignet de la porte d'entrée, ma mère m'interpella.
Elle me tendait la clé du 4x4. Je la dévisageai, abasourdie.
— Te connaissant je suis certaine que la perspective d'une marche forcée de deux kilomètres ne t'enchantes pas, fit-elle en m'adressant un clin d'½il.
Sans lui répondre – trop ébahie pour cela – je m'emparai des clés ainsi que de mon permis fraîchement acquis. Je la remerciai, puis elle m'étreignit encore une fois. Il fallait vraiment qu'elle perde cette habitude-là.
Je sortis de la maison, déverrouilla la portière côté conducteur du Land Rover, et m'y engouffrai. J'inspirai profondément puis mis la clé dans le contact. Ma mère me salua encore une fois depuis le palier, et je fus bien contente que le véhicule soit équipé de vitres teintées. Une fois la première vitesse enclenchée, j'appuyai sur l'accélérateur, et me voilà partie.
Il est vrai que faire le trajet à pied aurait été un calvaire, mais ce n'était pas avec cet engin que je passerai inaperçue. Niveau discrétion, cela promettait. Trouver le bâtiment fut un jeu d'enfant, on ne voyait que lui sur un rayon de cinq cent mètres. Je me garai sur le (gigantesque) parking situé juste devant. Je fus soulagée de voir que la plupart des engins en stationnement étaient de très loin beaucoup plus tape à l'½il que le mien. Rien que cela me ravissait au plus haut point. Voitures de sport et autres véhicules de luxe rivalisaient de splendeur. J'avais dû me tromper de lycée... Je relus cent fois la paperasse que j'avais dû emporter avec moi. Non, je ne m'étais pas trompée. Le cauchemar était bel et bien vrai. Remarque, ce ne serait pas le premier. Visiblement, les gens d'ici et moi n'étions pas du même monde. J'allais vraiment avoir du mal à m'adapter. Ou bien je ne m'adapterais pas, comme d'habitude. La deuxième option me parut plus plausible. Je respirai un bon coup, m'en autorisai un deuxième, puis un troisième. Oh, et puis mince ! À quoi bon retarder l'échéance ?
J'ouvris ma portière, descendis du véhicule, et me raidis. Pendant quelques secondes mon cerveau m'ordonna de remonter, cependant que mon corps ne savait que faire. Un large trottoir me séparait des premières marches de l'enfer. Il y avait beaucoup trop de monde, mais je n'avais pas le choix. Fébrile, je montai les premières marches, jusqu'à me retrouver devant une grande entrée annonçant où je me trouvais – comme si je ne l'avais pas encore remarqué... Un grand édifice de marbre, doté de formes et de sculptures très harmonieuses, et d'un grand écriteau avec des inscriptions :
OKINAWA HIGH SCHOOL
Très original... Si je continuais à rester bouche bée d'admiration, j'allais vite me faire repérer. Si ce n'était pas déjà fait. Je m'y engouffrai derrière deux gamins hilares et titubants.
L'intérieur était d'autant plus impressionnant, et je faillis m'enfuir en courant. Je m'en empêchai, mais de justesse. Un spacieux hall à l'allure très moderne, beaucoup plus que la façade en tout cas, m'attendait. Des panneaux d'affichages à droite à gauche, l'entrée de la cafétéria, l'administration... Dans ma contemplation, je ne m'étais même pas rendue compte que j'avais fait quelques pas en arrière, et par malheur j'avais heurté quelqu'un. Je me retournai vivement, et la poupée Barbie en personne me toisai avec – j'en étais sûre – l'envie de m'étrangler.
— Euh... Excuse-moi je... je n'avais pas vu que tu étais là..., bafouillai-je.
— Oui, et pourtant j'y étais ! répliqua-t-elle, l'air hautain.
Ses yeux bleu myosotis me fixai avec dégoût. Je dus l'admettre, elle était vraiment très belle. Une longue et soyeuse chevelure blonde relevée en une queue de cheval haute, une mèche lui retombant sur le visage. Ses traits étaient parfaits, ainsi que sa silhouette, longue et fine. Elle était légèrement plus grande que moi, et je m'aperçus que cette différence n'était qu'artificielle : elle portait des escarpins à talon aiguille. Il me fut aisé de deviner à quelle classe sociale elle appartenait, étant donné le coup moyen de ses goûts vestimentaires. Je ne pus retenir un murmure d'admiration.
Lorsque je revins à son regard, l'impatience s'était ajoutée à la fureur.
— Je t'ai présentée mes excuses, pourquoi tu me fixes comme ça ? réussis-je à peine à articuler.
— Pour passer le temps figures-toi, ironisa-t-elle en éxhibant ses lunettes de soleil, un peu démusurées comparé à son visage fin. J'attends que tu te pousses de mon chemin !
Cette fois, ce fut à mon tour de la dévisager. Je n'étais pas disposée à me faire marcher dessus d'entrée de jeu.
— Je te demande pardon ? ripostai-je.
Elle s'apprêtait à me répondre lorsqu'une voix fut plus rapide que la sienne.
— Tiens donc, je ne savais pas que le dernier design de Barbie c'était le style mouche.
La blonde se tourna vers la personne, qui la défiait du regard. C'était une autre blonde, mais son allure était à l'opposé du prototype « Barbie girl ». Un jean slim simple, surmonté d'une veste grise sous laquelle se cachait un débardeur blanc, tous deux assortis avec une paire de Converse gris anthracite. Je détaillai alors son visage, et ce dernier retint toute mon intention. Aussi fin que l'autre blonde, mais pourtant robuste, des pommettes saillantes, un nez et une bouche parfaitement dessinés, ainsi que des yeux bleu nuit pétillants de malice. Mais ce fut sa coiffure qui m'intrigua le plus : quatres petites couettes blond doré parfaitement symétriques. Elle avait exactement la même taille que moi, mais j'étais – évidemment – beaucoup plus frêle qu'elle. Je vis un petit sourire en coin étirer ses lèvres lorsqu'elle me jeta un coup d'oeil. Ses yeux retournèrent ensuite sur Barbie, et je fis de même.
— Il ne me semble pas t'avoir adressé la parole à toi, lui cracha-t-elle.
— Sans blague ? Autant pour moi, se moqua-t-elle.
Barbie fulmina de rage, se retourna vers moi puis s'avança d'un pas pressé, en prenant bien soin de me bousculer au passage. Je fermai les yeux puis soupirai.
— Contente de ta rencontre avec sa majesté ?
J'ouvris les yeux et me tournai vers mon interlocutrice. Elle s'était plantée devant moi, et mes yeux plongèrent alors immédiatement dans les siens. Je la regardai d'un air interloqué, le surnom employé me laissait pantoise.
— Sa majesté ? Tu plaisantes ?
— Non, malheureusement, ricana-t-elle. Je te présente Ino Yamanaka, la reine des garces.
Un rire m'échappa malgré moi, et je fus surprise de constater que son rire s'était joint au mien.
— Moi c'est Temari.
— Et moi Sakura, lui dis-je, prudente.
Da sa part, j'avais au moins espérer qu'elle s'abstiendrait de tout commentaire sur mon nom. Hélas...
— Oui, je sais, ça veut dire fleur de cerisier, la devançai-je en soupirant.
— Du calme, j'allais juste te dire que c'était un joli nom, se défendit-elle.
— Oh... désolé, répondis-je, confuse.
— C'est rien. Enfin bref. Tu es nouvelle, je me trompe ?
Aie ! Je n'avais même pas tenu dix minutes...
— Si je te dis non, tu me crois ? essayai-je de plaisanter.
Visiblement, elle appréciait mon humour car elle me pouffa au nez. Une réalité assez improbable s'imposa alors dans ma tête : j'établissais un contact humain. Serais-je tombée dans les pommes ? Et, dans ce cas, je serais en train de rêver... La stupidité de mes pensées m'exaspérait. J'avais si peu d'estime de moi-même, c'en était affligeant !
— De toute façon, ton masque serait tombé au moment même où tu aurais franchi la porte de ton premier cours...
Ses paroles firent mouche. Mon premier cours. Moi, debout devant tout une classe entière, obliger de me présenter... J'en frissonnai. Si jamais mon cerveau me dictait de m'enfuir en courant, je crois bien que je l'écouterais. Elle dû percevoir ma frayeur, car elle me proposa de m'y accompagner.
— Tant que j'y pense, tu n'as pas besoin d'aller chercher de la paperasse à l'administration ? s'inquiéta-t-elle.
— Ne t'en fais pas, il n'y a que ça dans mon sac.
Nous rîmes une nouvelle fois, et je dus avouer que cela atténuait mon sentiment de terreur. Nous nous rendîmes devant ma salle, j'avais cours d'Histoire avec un certain Yamato, lequel était plutôt sympathique d'après ce que m'en avait dit Temari. Je fus surprise de me rappeler de son nom, détail que je gardai bien soigneusement pour moi-même. Il y avait déjà quelques élèves installés par-ci par-là, et je choisis de m'assoir bien au fond, de sorte que personne ne me remarque, ou du moins que l'on m'oublie.
À peine quelques minutes plus tard, les derniers élèves arrivèrent en même temps que la sonnerie retentissait – espèce de bourdonnement crispant – et le professeur arriva à son tour. Je fus prise d'un mal au ventre aigu lorsque je vis qu'il me jaugeait d'un air suspicieux. Je me figeai sur place, puis il vint à ma rencontre. C'est à ce moment-là que l'enfer se manifesta, alors que je me postai devant le tableau, face à tous ses yeux qui me dévisageaient.